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Se retrouver le bec dans l'eau

Publié le par Jacques Michaud

En trivial, c'est se retrouver comme un con. C'est échouer, finalement, après avoir essayé, par beaucoup de moyens (pas tous évidemment) de réussir. S'ajoute à la notion d'échec l'idée d'être le plus con de l'histoire ou du processus, d'être en somme le dindon de la farce, celui dont on pourra se moquer.
On peut d'ailleurs se retrouver le bec dans l'eau d'autant plus facilement qu'on est arrivé avec le bec enfariné, c'est-à-dire le nez au vent comme un jeune chien, croyant changer le monde avec ses petites mains.

Quelle est l'origine de cette expression ? Peut-être en avez-vous idée ?

La réponse de Zulunation
Notre zélé Zoulou, assidu lecteur, nous recommande de nous référer au Dictionnaire des Curieux (1880) qui à ce propos nous conte une fort belle histoire
Cf. Dicoperso http://www.dicoperso.com/term/adaeaea5acaba65e,,xhtml

"Tenir quelqu'un le bec dans l'eau, c'est le tenir en suspens, l'amuser par de belles espérances.

Cette locution remonte, sans aucun doute, au moyen âge, peut-être plus loin, et a dû son origine aux pratiques de l'hydromancie, ou divination par l'eau.

L'hydromancie est sœur de la pyromancie, de la géomancie, de l'aéromancie, etc. (divination par le feu, la terre, l'eau, etc.).

Varron rapporte que les Perses croyaient fermement aux prédictions tirées de l'inspection de l'eau, et que Pythagore partageait cette croyance. Numa Pompilius l'introduisit à Rome, où elle persista, pour se propager ensuite dans tout l'Occident. Elle n'a pas complètement disparu.

La chiromancie (divination par l'inspection des lignes de la main) a eu, de nos jours, un regain de popularité.

La principale pratique de l'hydromancie consistait à faire apparaître, écrits sur l'eau, des noms de personnes ou de lieux. Pour obtenir ce résultat réel, les divinateurs se servaient d'une machine, habilement construite, dont la description se trouve dans l'Encyclopédie de Diderot. D'autres fois, ils conduisaient au bord de la mer, d'une rivière ou d'une fontaine, celui qui leur demandait une consultation, et tiraient leurs pronostics de la couleur et du mouvement de l'eau. D'autres fois encore, ils se bornaient simplement à placer devant lui un vase plein d'eau, sur laquelle ils laissaient tomber une goutte d'huile, et l'invitaient à regarder dans cette eau comme dans un miroir : les images qu'il y voyait, ou croyait y voir, servaient de base à des pronostics favorables ou défavorables.

On conçoit que, dans ces diverses pratiques, le naïf solliciteur, avide de connaître l'avenir ou la révélation de secrets qui l'intéressaient, se tenait anxieusement penché sur l'eau, cherchant à saisir le sens mystérieux de sa couleur, de ses rides, de ses mouvements. Dans la dernière surtout, il devait arriver souvent que sa foi n'était pas assez robuste pour lui faire voir au fond de l'eau des images qui n'y étaient pas; alors le divinateur l'exhortait à regarder encore, à regarder plus attentivement, jusqu'au moment où la fatigue, la tension des organes, la surexcitation du cerveau lui donnaient des éblouissements et faisaient défiler devant ses yeux les visions incohérentes de l'hallucination.

C'est là ce que les maîtres des sciences occultes, dans leurs conversations intimes, appelaient tenir le client le bec dans l'eau.

Les hydromanciens n'existent plus qu'en très petit nombre, et ils se cachent. Mais ils ont fait une légion de petits qui ne se cachent pas, qui se font au contraire annoncer à son de trompe, et qui n'ont pas perdu la recette de leurs pères, loin de là. Demandez aux petits rentiers, aux actionnaires en général, ce que c'est que d'avoir le bec dans l'eau."

Publié dans métaphore

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Tirer sur l'ambulance

Publié le par Jacques Michaud

Quand quelqu'un est en mauvaise posture, quand une organisation va mal, il n'est pas malin d'en remettre une couche . Ce n'est pas la peine de rajouter des problèmes ou d'envenimer les choses en accentuant les critiques ou en amoncelant des difficultés supplémentaires. Non, il ne faut pas tirer sur les ambulances censées emporter des blessés ou des malades suffisamment mal en point.

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Etre dans un monde de Oui-Oui

Publié le par Jacques Michaud

Expression qu'affectionne Nicolas Demorand sur France Inter pour signifier à ses interlocuteurs qu'on est dans un monde rugueux, fait d'opposition et parfois de colère. Dans un monde qui n'est pas le monde de Oui-Oui, les gens se révoltent, fulminent, se mettent en colère, et se combattent. Ils ne sont pas forcément d'accord avec tout, heureusement !
Variante : On n'est pas au pays des Bisournours (sous entendu, on ne peut pas dire "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil".

Publié dans métaphore

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Etre vent debout

Publié le par Jacques Michaud

Lorsqu'un bateau à voile est exactement face au vent, le foc et la grand voile sont  dégonflés et pendouillent ou  fasseyent en produisant quelques maigres ondulations et de légers claquements. Le bateau n'avance plus. Quelqu'un qui est vent debout contre une idée, une proposition, un projet est opposé à leur réalisation. L'expression évoque au moins une résistance passive mais plus souvent une opposition farouche (1), bec et ongles contre le projet.

(1) J'utilise à dessein ce cliché auquel on donne généralement un sens erroné de comportement combatif alors que l'adjectif farouche est en rapport sémantique avec la peur de l'inconnu (être effarouché), par exemple dans le cas de la peur farouche d'une bête dérangée dans son milieu naturel.

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Se sortir les doigts du cul

Publié le par Jacques Michaud

J'ai découvert récemment un vrai petit blog sympa, intime, tranche de vie, le blog d'une femme pleine d'humour et à l'écriture fluide et agréable. Elle liste -un peu foutraquement certes- des expressions utilisées sur son lieu de travail, dont certaines sont assez répandues comme "on se sort les doigts du cul" pour dire "bon, allez, on se met au boulot, on arrête de glander" et d'autres plus confidentielles, voire uniques, comme je les aime., telles que : on se taillera des pipes un autre jour, pour dire à quelqu'un qu'on n'a pas le temps de s'arrêter, qu'on est speedé max.
Elle doit aussi travailler dans un milieu non politically correct et son boss aurait du souci à se faire s'il était aux States quand il dit à sa collaboratrice, pour lui demander si elle est bien sûre de ce qu'elle avance,  "t'en mettrais ton clitoris sur le billot ?" sans doute équivalent à "t'en mettrais ta tête à couper ?".
Allez donc y faire un tour...

maviesansmoi

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Faire des claquettes

Publié le par Jacques Michaud

Expression entendue récemment lors d'une interview d'un homme politique qui, convaincu qu'on lui posait une question inutile ou stupide (car les questions peuvent aussi être en langue de bois) a déclaré : "je veux bien faire des claquettes", c'est-à-dire vous faire une réponse qui n'a aucun intérêt autre que de faire du bruit, de la parole, du son pour rien. Du buzz comme on dit 2d.
Faire des claquettes, c'est donc faire quelque chose dont on sait que ça ne sert à rien. Un peu comme si on pissait dans un violon...(cf. les archives).

Et pour ce qui est de faire des claquettes...


link

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Sortir un marronnier

Publié le par Jacques Michaud

Ce soir, alors que je revenais un peu hébété du travail, conduisant mollement, laissant divaguer mes pensées comme autant de jeunes chiots, j'ouis (!!!) parler à la radio d'un certain Bertrand Gatti* qui lui aussi, tout comme moi sait -paraît-il - parler aux arbres. In petto je me dis qu'il y avait bien trop longtemps que je n'avais pas parlé de mon arbre, un marronnier isolé dans la campagne, proche de mon chez moi et qui est devenu mon ami . Et bien sûr, puisqu'il est mon ami, il ne m'appartient pas. Mais beaucoup commencent à l'appeler l'arbre de Jacques, comme d'autres m'appellent Jack de l'Arbre. Eh bien, quelle ne fut pas ma surprise, ce soir en ouvrant mon courriel d'y trouver une photo de mon arbre en cadeau d'un photographe averti. Où est le hasard ?

 

photo Olivier Kamp - 7 février 09

Sortir un marronnier est une expression qui fait partie du langage de la presse. Un marronnier, c'est un sujet, un thème qui revient de manière récurrente quand on n'a pas grand chose d'autre à raconter (comme par exemple : Le Salaire des cadres ou les régimes amincissants ou les prix de l'immobilier ou encore Nicolas Sarkozy).

Armand Gatti
"L’arbre est la verticalité insurrectionnelle à laquelle Gatti confie sa parole errante" dit son site (à propos d'un de ses livres :  Les Arbres de Ville-Evrard lorsqu'il deviennent passage des cigognes dans le ciel, éditions Verdier  . J'ai pas lu mais j'en cause quand même.

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Avaler par le trou du dimanche

Publié le par Jacques Michaud

"dans ma prime jeunesse (...) déjà j'avalais goulûment des gâteaux au risque de m'étouffer ou bien d'avoir le hoquet. A ce propos cela me rappelle une formule que mon père m'avait apprise : "j'ai le hoquet, je ne l'ai plus, c'est toi qui l'a eu, merci petit jésus". Je ne garantis pas cependant le résultat."
C'est Michel T. qui nous envoie cette ravissante expression qu'il trouve "désuète". Je la mettrai en relation avec "passer par le trou de la galette" (cf.archives) qui signale ce que les médecins appellent d'une métaphore poétique plus que scientifique "faire une fausse route" : un aliment, au lieu de passer dans l'oesophage, se dirige vers les poumons. Cela peut conduire à une toux sauvage et dans certains cas, à l'étouffement.
Quant à moi, j'ai appris une chanson un tout petit peu différente mais très scandée :
J'ai l'hoquet
Berloquet
P'tit jésus
Je l'ai plus !

Ah les beaux dimanches !


Post-it du zélé Zoulou (1)
"Bien le bonjour, il semble bien que cette expression soit courante aux "Trois Provinces" (Champagne, Lorraine et Franche-Comté) comme le suggère en 2001 Hubert Lesigne dans son ouvrage "Mots et figures des trois provinces" publié par l'Harmattan.
Reste à comprendre le pourquoi et comment du "dimanche" ! Cette fois il faut recourir aux talents de Willy Bal qui, en 1994 dans "Belgicismes" paru aux Editions Duculot, nous éclaire par ce rapprochement à la page 21 : "avaler de travers" s'exprimerait en wallonie de multiples manières et naturellement le fameux "par le trou du dimanche" est noté, mais aussi par d'autres formes qui donnent bonne perspective à l'origine de notre expression du jour à savoir : "avaler par le trou aux prières" - ou "par le trou aux Paters" - ou encore "avaler par le gosier aux prières".
Voilà très probablement trouvé l'explication du "dimanche" puisqu'il est le jour traditionnel pour ce rituel .... mais je laisse naturellement aux spécialistes la sentence finale."


(1) Un lecteur fidèle caché sous le pseudo de Zulunation m'apporte régulièrement des commentaires plutôt intéressants. Je vous le livre ci-dessus. S'il continue je vais lui ouvrir une rubrique !

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En donner sa main à couper

Publié le par Jacques Michaud

Quoi de plus pédagogique que les dessins d'Alain Le Saux pour faire comprendre aux petits enfants les rudiments de ces jeux langagiers qui pourront les conduire à comprendre ce qu'expriment les expressions métaphoriques ? Il est étonnant de constater que, de fait, l'humour naît de la mise en évidence du sens propre, du sens littéral, du sens premier comme si par inversion, finalement, le sens métaphorique s'était hissé au rang de sens premier volant la vedette à son alter ego devenu, lui, quelque peu ridicule. Même les mots se livrent des guerres sans merci..


Papa m'a dit souvent qu'il donnerait sa main à couper



(Alain Le Saux, Mamam m'a dit que son amie Yvette était très chouette, Ed. Rivages)

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Etre la voix de son maître

Publié le par Jacques Michaud

Le Canard Enchaîné brocarde régulièrement les fayots, les lèche-cul, les habitués du aller à la soupe, les suce-bites comme dirait une de mes plus délicates copines. Dans les couloirs du pouvoir, ils se montent dessus, pas forcément pour le bon motif et sans faire - en tout cas dans le couloir-  la bête à deux dos.
Dès qu'ils sont lâchés dans la moindre réunion, devant le moindre micro de la moindre radio locale, ils lèchent, sucent et moulinent dans le sens du vent, celui qui les portera aux plus hautes destinées; ils servent la soupe en espérant que leur modèle ultime la leur servira un jour.
La voix de son maître désigne donc celui qui n'a d'idées propres que celles de son maître dont il est l'esclave volontaire. Le chien-chien, quoi !
Origine sympathique, c'est Nipper le vrai chien qui a servi de modèle au logotype de la Maison de Disques appelée : La voix de son maître (n'est-ce pas Pathé Marconi ?).
http://www.doctsf.com/nipper.html

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