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Tomber comme à Gravelotte

Publié le par Jacques Michaud

Même si l'expression peut paraître surannée, voire désuète, elle est encore couramment utilisée par une bonne tranche d'utilisateurs : les critiques, les commentateurs ou journalistes politiques, les polémistes de tout poil s'en servent pour indiquer le caractère avalancheux  ou diluvien de certains événements ou d'occurrences de toutes natures. Le Canard Enchaîné, par exemple,  qui aime manier la métaphore en fait un usage récurrent (on ne dira jamais assez combien ce journal satirique sait utiliser largement la langue avec efficience, humour, poésie parfois et jamais en la ringardisant. Il exploite dans les grandes largeurs l'efficacité redoutable de la métaphore populaire).

A l'origine, on utilisait l'expression pour qualifier des pluies ou des grêles très fortes. C'est donc, en quelque sorte, de déluge dont il était question. Cela s'originait dans un déluge de feu historique, celui de la bataille de Gravelotte, dans l'est de la France, au cours de la guerre franco-prussienne de 1870.

Wikipedia précise :

"On ne sait si c'est la densité du tir des armes à feu et des canons ou le nombre de soldats tombés sur le champ de bataille qui a donné naissance à l'expression « ça tombe comme à Gravelotte » ou « pleuvoir comme à Gravelotte » lorsqu'il pleut ou grêle énormément.

(...). Les Prussiens occupent alors le village de Gravelotte et le côté ouest du ravin de la Mance, tandis que les Français occupent le côté est du ravin sur les hauteurs (...)  Les Prussiens ont rencontré une vive résistance française, sans jamais réussir à déstabiliser l'organisation adverse. Au prix de pertes terribles, ils réussissent à prendre la ferme de Saint-Hubert. La nuit mettra fin au carnage. On déplore près de 5 300 morts et 14 500 blessés du côté prussien et 1 200 morts, 4 420 disparus et 6 700 blessés du côté français. Malgré l'indécision des combats, l'armée française choisit alors d'abandonner le terrain pour se réfugier à Metz."

 

Pour mémoire :

It's raining cats and dogs
Pleuvoir comme vache qui pisse 

vache-pisse-metaphora-blog-jacques.jpg

Publié dans métaphore

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On est pas le cul sorti des ronces

Publié le par Jacques Michaud

Franck W. , un rare et excellent ami dont autre chose que la rareté fait l'excellence bien sûr - toujours faire gaffe aux compliments qui se retournent - m'envoie une photo issue d'une visite au Festival international desx Jardins de Chaumont-sur-Loire.

On-est-pas-le-cul-sorti-des-ronces.JPG On-a-pas-le-cul-sorti-des-ronces.jpg

 

Elle illustre une métaphore populaire que Linguapop avait publiée en son temps et dont l'article était quelque peu bâclé. Je me fais donc un plaisir de vous la ressortir en essayant d'être un peu plus performant...

Il semble que l'expression soit typiquement méridionale et d'Oc, en tout cas, en atteste le fait que deux Toulousains me l'ont enseignée fort complaisamment comme issue de leur in situ, hic et nunc, ce qui pour un nonchalant comme moi constitue un début de preuve tangible. En Oïl - et en Touraine notamment-  nous eussions dit "On a pas le cul sorti des ronces ou des orties" (1). Ah, la belle affaire que la langue quand elle sait s'étirer d'un côté et de l'autre, se baguenauder dans maints azimuts et nous donner un plaisir chaque fois renouvelé.  Con !

Typiquement de Touraine est l'expression équivalente : On est pas rendu à Loches...Les Occitans (va la cruche à l'eau !) (oui, je sais !) pourraient l'adapter en "Ah, on n'est pas rendu à Castelsarrazin !" (3).

On est pas sorti de l'auberge dit-on aujourd'hui...alors qu'il est très rare de parler d'auberge de nos jours. Selon quoi (pour changer de comme quoi !) les expressions métaphoriques traversent aisément le temps, mieux même parfois que le lexique commun qui lui, s'appauvrit ou se renouvelle selon qu'on se sent passéiste ou futuriste. Et vous comment ça va ?

Eh ben, on est pas arrivés ou on est pas sortis ou on est pas rendus dit-on plus couramment aujourd'hui, par économie et malveillante neutralité !

 

Notons que parmi les oeuvres jardinesques présentées à Chaumont, un certain Jean-Michel Vilain a mis en végétation de cour à jardin un "vilain petit jardin" qui illustre deux autres expressions ainsi que la culotte du Père et de la Mère Tatezy (ce qui constitue un zeugme, zeugme qui est pouyr moi fondateur de mon goût immodéré de la langue fureteuse). La cabane au fond du jardin est une sorte de cerise sur le gâteau.

Tu-me-cours-sur-le-haricot.JPG  Tu-me-cours-sur-le-haricot_.jpg

Faut-pas-pousser-Meme-dans-les-orties.JPG Faut-pas-pousser-Meme-dans-les-orties_.jpg

 

 Le vilain petit jardin de Jean-Michel Vilain 

 

Les-culottes-des-Tatezy.JPG  La-cabane-au-fond-du-jaaaaardin.JPG

(1) Toujours rien à battre des censeurs qui voudraient que je mette la négation au bon endroit et que je supprimasse le "s" en présence du on neutre. J'ai gagné le droit de m'en taper le coquillard jusqu'au trognon...

(2) Une chanson méconnue, voire inconnue de Jean Ferrat -Je vous aime- métaphorise la ronce "ce jardin de douce ronce"

(3) Ousque le papa et la maman de Pierre Perret ils avaient leur rade...

 

 

 


Je vous aime Ferrat
envoyé par Brel12. - Regardez d'autres vidéos de musique.

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Avoir été bercé trop près du mur

Publié le par Jacques Michaud

Mon oeil structure l'espace et l'image se crée instantanément. Cette expression est tellement visuelle qu'elle mériterait qu'on la scénarise et qu'on la filme. Un homme, un  enfant dans ses bras, un mur. L'amour de l'homme pour son enfant. Il le berce pour l'endormir. Le mur l'endort. Il pose alors délicatement le bébé dans le joli berceau Ikéa que lui et sa femme sont allés acheter un samedi. Il y avait beaucoup de monde. Et chez Ikéa, il n'y a pas de caddies pour mettre les enfants. En tout cas, elle (l'expression) désigne quelqu'un que la nature n'a pas forcément gâté et qui garde quelques séquelles d'un démarrage ou d'un développement difficiles. Tendresse !

 

Publié dans métaphore

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Se regarder en chiens de faïence

Publié le par Jacques Michaud

 

 

 

Photo : Museum d'Histoire Naturelle de Neuchatel. Ce Musée a produit une exposition illustrant des expressions métaphoriques de la langue française. Il est intéressant de voir se confronter le deuxième degré que représente l'expression prise en métaphore et une illustration au premier degré.

 

Autrefois, on aimait l'ordre binaire et particulièrement la symétrie. C'était la société des couples. Tout allait par deux et ses multiples. L'imparité faisait figure de bizarrerie. L'image du couple était majoritaire.

Sur les cheminées trônaient souvent des objets décoratifs associés par deux. C'est le cas par exemple de chiens en faïence parfois beaux mais souvent laids qui se regardaient librement ou semblaient se voir au travers d'objets qui les séparaient (par exemple quand ils servaient de serre-livres). 

Se regarder en chiens de faïence, c'est se regarder sans se parler, avec animosité ou rancune et tout au moins sous l'emprise d'une lourde charge mentale. Ainsi les couples désunis se regardent-ils en chiens de faïence avant peut-être de se traiter comme des chiens et de se déchirer comme chiens et chats.

 

Jeanne Cherhal Les chiens de faïence :  
 
 
Une fois comme ça
tu serais venu vers moi
t'aurais parlé
très peu mais juste assez
un mot idiot
ça peut quand même tenir chaud
c'est là tout bas
et c'est dit rien que pour toi

Silence on pense
on est des chiens de faïence
les yeux peureux
on a les mêmes mon vieux
tu vas pas bien
et moi je trace mon chemin
t'es là tu doutes
tu reconnais plus la route

Moi qui n'ai jamais rien su faire
je veux te sortir de l'hiver

Un mur c'est dur
à démolir ça c'est sûr
et là tu vois
y a un mur autour de toi
il est discret
mais plus solide que jamais
c'est con le béton
quand ça prend c'est pour de bon

Tu pleures du coeur
t'es enfermé dans ta peur
tu perds tes repères
mais t'es toujours mon père

Moi qui n'ai jamais rien su faire
je veux te sortir de l'hiver

Mais un matin
tu diras je reviens de loin
t'auras retrouvé
le goût de respirer
ton mal enfin
ira crever dans un coin
et en riant
tu marcheras droit devant

Ce matin-là
tu t'approcheras de moi
pour me parler
très peu mais juste assez
des mots très beaux
qui sauront me tenir chaud
dans la lumière
tu seras sorti de l'hiver
dans la lumière
tu seras sorti de l'hiver

Publié dans métaphore

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