La temporalité dans UN RUDE HIVER de Raymond Queneau

 
 
Lorsque Georges Pérec suggère que, dans UN RUDE HIVER, « la date fatidique de l’incendie des Grandes Galeries Normandes coïncide avec la date de naissance de Raymond Queneau » (1) , il signale que la datation dans le roman n’a peut-être rien de fortuit. Il indique également d’autres rapports à établir entre certains indices du texte et la propre vie de l’auteur comme si, d’une certaine manière, Raymond Queneau s’était lui-même immiscé dans ce que vivent les personnages, « à l’intersection de leurs biographies (2).
Etudier la temporalité dans UN RUDE HIVER consiste en premier lieu à définir son champ d’exercice et ses modalités d’apparition , en second lieu il convient de déterminer en quoi elle permet une autre appréhension, voire une autre interprétation de l’œuvre.
 
Paru en 1939, à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, UN RUDE HIVER se déroule en un autre temps pas si lointain ayant pour fond d’autres rumeurs guerrières. Le roman ne s’inscrit pas dans un seul temps, mais dans plusieurs temps : temps parallèles, temps emboîtés, temps croisés, parcelles de l’histoire de l’humanité, parcelles de vies, morceaux de saisons, tranches de jours, bouts de nuits.
Le roman a une durée précise et close qui n’exclut pas l’irruption d’autres temps, suggérés pour le passé, hypothétiques pour l’avenir. Hors du réel du roman, un autre temps existe, évoqué, déterminant le présent. Les dates, les âges et les durées semblent des hasards si bien construits que le hasard n’existe plus. Les temporalités du texte n’en sont-elles pas finalement la clé ?
 
La temporalité dans le roman n’est que rarement explicite, elle se déduit, se construit. Seules sont clairement précisées, la date du grand incendie des Nouvelles Galeries Normandes, le 21 février 1903, et dans une moindre mesure, la date de la promenade qui conduit en forêt Lehameau et Annette, un dimanche, le jour le plus court de l’année, un 21 décembre donc. On notera d’ailleurs à ce propos que le 21 décembre 1916 était un jeudi.
 
L’essentiel de l’action se déroule entre le 10 octobre 1916, jour où se situe la première rencontre de Lehameau avec Helena Weeds, et le 27 décembre 1916, jour où a été coulée la Zbelia, bateau dans lequel la jeune anglaise a vraisemblablement trouvé la mort. Un appendice au quatorzième chapitre joue le rôle d’un épilogue qui se situe six semaines après, en février, à une date proche de l’anniversaire de la mort de la femme de Lehameau, disparue dans l’incendie des Grandes Galeries.
Ce temps réel qui s’écoule dans la narration est découpé en périodes de durée relativement fixe et aux caractéristiques régulières. Ainsi, si l’on établit la durée représentée dans chaque chapitre, on constate que les douze premiers rendent compte d’un temps réel variant en moyenne entre deux et quatre heures. Les deux derniers, en revanche, relatent chacun les actions d’une journée complète. Ces jours sont ceux du départ, puis de la disparition d’Helen Weeds. Ainsi la construction du roman fait-elle sortir ces deux journées comme les plus longues qu’ait connues Lehameau depuis bien longtemps.
D’autre part, presque tous les chapitres s’achèvent à la nuit largement tombée, sauf les trois moments dans lesquels Lehameau est en relation avec Polo et Annette. Ainsi le texte assimile-t-il le temps des rencontres avec les enfants à des temps de lumière dans une histoire où la nuit est partout présente quand ce n’est pas son substitut diurne : la grisaille d’une vie sans relief.
Cette grisaille, dans un roman où, comme le dit toujours Pérec « il ne se passe apparemment pas grand chose » est elle aussi manifestée par des repères temporels précis. Dans le début du roman, par une utilisation massive de l’imparfait, par la description d’éléments habituels de la vie de Lehameau, Queneau suggère que son personnage vit sous l’emprise d’habitudes desquelles émane une certaine médiocrité.
« Chez le coiffeur chaque jour, il ne se gênait pas pour railler les espoirs du vulgaire troupeau des lecteurs du Matin et autres canards. »
Ou « En général, il commençait à prendre le funiculaire et suivait un itinéraire assez fixe, point sclérosé pourtant. ».
Ou encore « L’itinéraire méridien de Lehameau, devenu précis, le conduisait chaque jour près du fort de Tourneville. »
Et « Tous les dimanches, Lehameau allait déjeuner chez son frère. »
 
D’autres repères tels que la succession chronologique des actions faites chaque jour par Lehameau instillent l’idée d’une rythmique quotidienne faite de monotonie. Les prises de nourriture et de boissons apéritives ponctuent régulièrement le texte. On sait que Lehameau boit régulièrement son « byrrh » à l’eau, en fin d’après-midi, au café de la Marine sauf quand, pour prouver sans doute que ses habitudes sont « fixes mais point sclérosées », il commande par extraordinaire un picon-citron.
Les repas de toutes sortes semblent essentiels dans le rythme biologique de Lehameau. Et Queneau y insiste avec un plaisir non dissimulé quand de manière subrepticement humoristique, il indique sur quelques pages le menu complet d’un déjeuner pris chez Sénateur Lehameau : sardines au beurre d’Isigny, poulet, salade, camembert, orange et café.
Les promenades ou errances de Lehameau , qu’elles soient « méridiennes » ou vespérales sont immanquables et le conduisent régulièrement aux mêmes endroits. On peut ainsi, au fil des premiers chapitres, reconstituer la journée-type de Lehameau avec ses points forts : petit déjeuner, passage chez Alcide le coiffeur, travail au bureau, promenade et byrrh à l’eau, déjeuner-café, promenade et bureau, marche et passage chez Madame Dutertre, la bouquiniste, re-byrrh à l’eau et dîner. Lehameau ne se couche jamais dans UN RUDE HIVER, un peu comme si la vie n’était qu’un long jour sans fin.
Cette vie, pourtant, Queneau l’a découpée. En chapitres. Quatorze pour deux mois et demi. A peu de choses près, chacun relate un jour différent. Les ellipses entre chapitres représentent des temps plus longs au début du roman qu’à la fin : « Un beau jour, tout à coup, ils se trouvèrent là, devant lui, dans le tram. »
Les derniers chapitres, quant à eux, si l’on en excepte l’épilogue, font se succéder trois jours consécutifs, les 25, 26 et 27 décembre 1916. Correspondant au dénouement du roman, ils interviennent au moment où, enfin, la vie de Lehameau se remplit. Les journées sont plus longues, le rythme s’accélère considérablement en raison d’une concentration d’événements comme le départ et la disparition d’Helena ou de révélations comme le rôle d’espion de M. Frédéric ou la possibilité de faire l’amour avec Madeleine.
 
L’étude de l’aspect des temps renforce l’idée d’un bouleversement qui survient dans une vie jusqu’alors sclérosée. Bien sûr, l’entrée soudaine d’Helena est un événement capital pour cet homme qui a perdu sa femme d’une manière tragique. Il est intéressant de noter que Raymond Queneau, qui emploie régulièrement l’imparfait d’habitude, cesse d’y avoir recours à la page 100, lors d’une relation sensuelle de Bernard et Helena. Le chapitre IX qui commence avec une utilisation massive de l’imparfait comme temps du récit subit une rupture brutale dans un passage au passé-simple qui exclura pour toute la suite du roman l’utilisation de l’imparfait comme temps du récit. Le sens de ce verbe pivot ne semble pas anodin : « il se tut ».
« Mais du mollet il remontait pensivement à la cuisse et retrouvant l’ampleur des hanches et la fermeté probable des fesses, il se tut. »
On peut imaginer que ce nœud temporel constitue aussi le nœud psychologique de l’œuvre. N’est-ce pas le moment où Lehameau « retrouve » sa femme ?
 
Le temps réel entre ici, comme en maints endroits du roman, en interaction, en collision même, avec un temps extérieur à l’action racontée mais omniprésent. Mis à part M. Frédéric, dont le passé, et pour cause, reste mystérieux, les personnages importants voient leur passé prendre une certaine substance. On sent bien de manière sous-jacente que le présent de chacun est le résultat d’une histoire dont on apprend des bribes. Ce passé lacunaire explique-t-il le présent ?
Il faut noter, avec prudence, que Raymond Queneau a commencé en 1932 une psychanalyse qu’il a poursuivie jusqu’en 1939, date, justement, de la parution de UN RUDE HIVER.
  
21 février 1903         Naissance au Havre de Raymond Queneau
                                    Mort tragique au Havre d’Emilie Lehameau
 
1916        Raymond Queneau a 13 ans
Annette a treize ans : « La petite fille devait avoir dans les quatorze ans, un peu moins peut-être »
 
1916        Raymond Queneau assiste à une fête chinoise
Lehameau assiste à une fête chinoise
 
1916        Raymond Queneau fréquente les cinémas de la ville.
Lehameau fréquente les cinémas de la ville, seul ou avec Annette et Polo. Le cinéma est aussi un sujet de conversation entre Mme Dutertre et lui.
La mort tragique d’Emile, de sa mère et de sa sœur a eu lieu au cinéma des Grandes Galeries Normandes (1903)

1932        Raymond Queneau entame une psychanalyse
 
1933        Naissance, le 21 mars, jour de la fin de l’hiver, du fils de Queneau
Dans UN RUDE HIVER, Lehameau reçoit une déclaration d’amour d’Annette. Celle-ci a lieu le 21 décembre 1916, premier jour de l’hiver.
 
1939        Fin de la psychanalyse de Queneau. Parution de UN RUDE HIVER
 
Comment ne pas voir une connexion entre la personnalité de l’auteur, son goût prononcé pour les mathématiques, son goût de la construction logique, son immense culture et le contenu même du livre ? Comment ne pas évoquer, par exemple, le rôle à la fois narratif et symbolique du cinéma ?
 
L’action dans le roman se situe treize ans après l’incendie tragique qui a eu lieu un 21. Queneau va jusqu’à donner au chapitre IV le programme complet d’une séance, découpé, comme par hasard, en 13 éléments constitutifs : hymne serbe, hymne italien, bouillicranié, tsatsa, Brabançonne, God save the Queen, Marseillaise, Pathé-Journal, documentaire sur l’équitation, aventures en 3 parties de Nick Winter, Entracte, film italien retraçant une partie de l’histoire romaine.
Comment ne pas s’interroger sur cette phrase : « La vue de l’affiche de mobilisation avait été pour lui un feu qui avait consumé tout un fatras de petites misères. » ? N’y a-t-il pas comme une évocation mélangée de la guerre, du cinéma et de la mort dans cette affiche mobilisatrice qui annonce une séance de cinéma grandiose et historique, la guerre de 14-18 et l’embrasement mondial qu’elle a déclenché ?
Queneau, on le sait, ne laissait rien au hasard, et surtout pas les chiffres et les nombres. Il est risqué bien sûr de vouloir interpréter et deviner la logique de l’écrivain mais la numérologie joue un rôle évident dans le roman. Pour un féru de mathématiques comme Queneau, le fait même qu’on puisse interpréter à tort des données numériques devait bien entrer dans ses calculs. Livrons-nous à ce jeu de hasard.
 
13                Annette a 13 ans
L’action du livre a lieu 13 ans après l’incendie.
1903. Date de mort. 13 si l’on retranche 0 et 9, finalement équivalents et nuls en vertu d’une loi mathématique.
Madame Dutertre est arrivée au Havre en 1913
 
«  C’est ainsi que LE CHIENDENT se compose de 91 (7 x 13) sections, 91 étant la somme des 13 premiers nombres et sa « somme » étant 1, c’est donc à la fois le nombre de la mort des êtres et celui de leur retour à l’existence, retour que je ne concevais alors que comme la perpétuité irrésoluble du malheur sans espoir. » (3)
 
« Par ses limites statiques (…) et dynamiques (…) 13 marque une évolution fatale vers la mort, vers l’achèvement d’une puissance puisque celle-ci est limitée : effort périodiquement brisé. D’une manière générale, le 13, comme élément excentrique, marginal, erratique, détache de l’ordre et des rythmes normaux de l’univers. » (4)
Oui, le 13 dans UN RUDE HIVER marque l’occurrence de la mort, mort d’Helena 13 ans après celle d’Emilie. Oui Le hameau est « excentrique » quand il affirme contre le cercle de la majorité son attirance pour l’ennemi. Oui Lehameau est marginal, à tel point que certains pensent qu’il pourrait être quelque chose comme un satyre. Oui Lehameau a un comportement erratique puisque l’essentiel de son activité consiste en une errance canalisée dans les rues du Havre. Oui Lehameau est en partie sous le signe du 13, signe ambigu de la chance et de la mort.
 
21                Jour de la mort d’Emilie Lehameau
Jour de la promenade-révélation de Lehameau et Annette.
Jours de naissance de Queneau et de son fils.
Début et fin de l’hiver
« (…) il ressort que 21 symbolise la personne centrée sur l’objet, et non plus sur elle-même (…) c’est aussi sa libre activité entre le bien et le mal qui partagent l’univers ; c’est donc le nombre de la responsabilité et, chose curieuse, chez l’homme, la 21è année a été choisie par beaucoup de peuples comme l’âge de la majorité. » (5)
 
« Le jeu symbolique du tarot montre bien la vertu totalitaire de ce chiffre (sic) qui est celui de sa dernière lame numérotée, nommée LE MONDE et qui désigne l’accomplissement, la plénitude, le but atteint. »
 
Le 21 est ambivalent, signe de mort, signe de naissance à la vie aussi, signe de re-naissance à une forme de l’amour-pureté.
« - Annette, murmura-t-il, ma vie, ma vie, ma vie. »
Pour cet homme dont la « mémoire était pavée de tombeaux » une vie s’achève, une autre commence sous le signe de la responsabilité, de la plénitude, de la sagesse. Annette, c’est l’enfant que peut-être il n’a jamais eue, enfant née l’année, le mois, le jour peut-être, de la mort d’Emilie.
Annette est l’enfant dont il prend la responsabilité en l’épousant par procuration par son mariage avec Madeleine, la grande sœur. Lehameau sort de lui-même, se centre sur l’autre, il s’habitue au bien contre le mal, il change sa haine féroce du genre humain et des faibles notamment en amour pour ce qui est le plus fragile : l’enfant. Sa sagesse nouvellement acquise est perçue : « - Vous êtes devenu un sage, murmura Mme Dutertre avec amertume. »
C’est en février que se clôt le roman, 14 ans après l’événement majeur de la vie de Lehameau.
 
14                Nombre d’années au bout desquelles Lehameau a acquis la sagesse et accepté son destin
14                Nombre de chapitres du roman. Nombre d’étapes.
14                Nombre constitutif pour Queneau : « Les 14 vers du sonnet le fascinent. Il y a 14 lettres à son nom » (8)
15                C’est extraordinairement l’âge qu’il attribue à Annette, tout en laissant supposer qu’elle peut avoir 13 ans. « La petite fille devait avoir dans les quatorze ans, un peu moins peut-être ». Ainsi Queneau joue sur les deux tableaux. Il attribue à Annette les deux nombres 14 et 13, signes de la lutte entre le meilleur et le pire.
 
9 et 0 Signes qui se rejoignent pour signaler le rien, ou le devenu rien. C’est le 27 (2+7=9=0) de décembre que Lehameau sait qu’il a perdu Helena. Disparue. On ne sait si elle est morte. Elle n’a plus d’existence. Elle est absente.
 
Dans le chapitre relatant le départ d’Helena vers son destin, une curieuse succession de nombres apparemment sans intérêt est introduite par Queneau dans le texte : «  Elle avait quinze ans de service (…), il y avait une dizaine de boulettes de pain sur la table (…). Il y avait aussi deux transports de permissionnaires qui partent ce soir . » 15+10+2=27=9=0
Or le 27 est le jour de décembre qui marque la mise en absence définitive d’Helena Weeds.
 
On en oublierait presque le fond historique sur lequel se déroule le roman. L’Histoire est le temps réceptacle pour tous ces temps parallèles et enchevêtrés. Ce temps de guerre constitue même une des fins du roman puisque Lehameau, blessé précédemment à Charleroi, retourne au front, au mois de février 1917, à une date proche sans doute du 21 février, date hypothétique où il atteindra la plénitude de la mort, 14 ans après la mort d’Emilie.
L’analyse d’une chronologie événementielle bien présente dans le texte de Queneau permet de dater assez précisément les actions. Il semble bien qu’elle y soit restituée avec fidélité.
Les premiers chapitres prennent place vers la date de la mort de l’empereur François-Joseph (22 novembre 1916). La présence d’une forte colonie belge rappelée dans le texte, ainsi que les éléments des forces armées anglaises dont fait partie Helena Weeds, situent bien le contexte historique. En effet, le ministère belge quittant son pays occupé s’était réfugié à Sainte-Adresse, près du Havre. Bien d’autres détails alimentent la véracité historique du texte comme le bombardement d’Athènes, la prise de Bucarest (6-12-1916), la germanophilie de Constantin de Grèce, etc.
On s’étonne dans ces conditions que Queneau ait concédé une erreur même aussi anodine que d’avoir situé « le jour le plus court de l’année » un dimanche alors qu’en 1916, le 21 décembre était un jeudi. Il était capital que la sortie avec Annette eût lieu ce premier jour de l’hiver. Entre la logique du temps réel et celle de la construction romanesque, c’est cette dernière que Queneau a choisie.
 
On ne finit pas de découvrir des indices toujours plus étonnants de la rigueur avec laquelle Queneau a construit une structure temporelle qui dépasse le réel et on peut aboutir à une clé symbolique du roman, l’idée d’une rédemption. L’âge de Lehameau apparaît de manière semble-t-il très bénigne au chapitre VII : « Un jeune homme, moi ? trente-trois ans et une blessure ? »
Au chapitre XII, « C’est aujourd’hui Noël. (…) Noël, mais c’est le jour anniversaire de la naissance du Christ. »
Le roman comporte 14 chapitres, c’est-à-dire un nombre égal à celui des stations du « Chemin de Croix » qui conduisent le Christ au Golgotha, vers sa crucifixion. N’est-ce pas laisser l’ombre d’un parcours accompli par Lehameau en quatorze stations qui l’amèneront à un sacrifice, celui de sa vie ? « Annette, ma vie, ma vie, ma vie. » Cette déduction, bien loin de donner une solution au texte, ne fait que poser de nouvelles questions et imposerait une lecture nouvelle de l’œuvre privilégiant cette fois la symbolique de la religiosité dans le texte.
 
            Ainsi, ce cheminement ardu et passionnant le long d’un temps linéaire résolvant le texte actualise cette pensée de Paul Fournel (9). « Contrairement à beaucoup de ses contemporains, Queneau a toujours pensé aux lecteurs. C’est clairement en eux qu’il place une partie de sa liberté de créateur. Ils ne lui sont ni obstacle, ni quantité négligeable. Il les a toujours imaginés de façon plurielle et c’est pour eux qu’il a imaginé la structure « en oignon » de ses livres : à chacun sa couche selon ses désirs et ceux qui se contentent de la peau ne sont pas méprisables. »
La résolution partielle de l’énigme temps dans le roman ne conduit à rien d’autre qu’une nouvelle énigme , celle des croyances en des valeurs religieuses chez un auteur militant pour des causes dans lesquelles l’athéisme était constructeur.
On a le sentiment très net, au bout d’une telle étude, qu’on en est finalement qu’aux premières peaux de l’oignon et que même on doit les avoir déchirées sans ordre ni précaution. On le regrette. On voudrait recommencer. On a peur cependant d’augmenter le mystère d’autant qu’on le résout. Une zone de basse pression se remplit de l’air venu d’une zone de hautes pressions. Quand la pression diminue là, elle augmente ici et vice versa.
«  - Le baromètre est descendu à 729 millimètres, dit Lehameau. »
 
729 : 7+2=9 ; 9 et 9=0
 
Parler de Queneau, c’est se condamner à ne jamais conclure. Chaque porte franchie en découvre une nouvelle qu’il faudra s’ingénier à ouvrir. 
JM
 
(1) Texte de présentation de Georges Pérec, pour l’édition de UN RUDE HIVER, l’imaginaire, Gallimard, 1906
(2)   Opus cité, p.106
(3)   Cité par Jean Roudaut in Magazine Littéraire, n°228, mars 1986
(4)   J.Chevalier, A. Gherbrant, DICTIONNAIRE DES SYMBOLES, Robert Laffont,              Bouquins, Paris, 1969
(5)   Jacques Roubaud in Magazine Littéraire, n°228, mars 1986

Métatexte de JM