S'ennuyer comme un rat mort
S'ennuyer comme un rat mort / S'emmerder comme un rat mort
On utilise tellement la métaphore en langage courant qu'on ne s'aperçoit même plus à quel point ce langage courant utilise la poétique (1). Se comparer à un rat, encore mieux à un rat décédé, mais comment peut-on ne pas "imaginer" le caractère hilarant de cette comparaison ? Quand on essaie de revenir à la construction d'une métaphore, on peut se marrer grave. Par exemple, vous dites : je me fais chier... ou je m'emmerde...Revenez à un sens de premier degré, ne trouvez-vous pas cela étonnant ?
(1) Je parle de la poétique au sens linguistique, c'est-à-dire indépendamment de ce que chacun peut attribuer à la poésie en tant qu'art littéraire. Bien sûr, pour d'aucuns, l'expression s'ennuyer comme un rat mort ne peut avoir de vertu poétique, car elle porte en elle une apparence triviale qui semble l'éloigner de toute poésie. Mais la poésie est transgression et elle s'accommode même des apparences triviales...
L'huître
L'huître, de la grosseuir d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halo.
A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en-dessus s'affairent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.
Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.
Francis Ponge, Le Parti pris des choses, NRF Poésie / Gallimard
On utilise tellement la métaphore en langage courant qu'on ne s'aperçoit même plus à quel point ce langage courant utilise la poétique (1). Se comparer à un rat, encore mieux à un rat décédé, mais comment peut-on ne pas "imaginer" le caractère hilarant de cette comparaison ? Quand on essaie de revenir à la construction d'une métaphore, on peut se marrer grave. Par exemple, vous dites : je me fais chier... ou je m'emmerde...Revenez à un sens de premier degré, ne trouvez-vous pas cela étonnant ?
(1) Je parle de la poétique au sens linguistique, c'est-à-dire indépendamment de ce que chacun peut attribuer à la poésie en tant qu'art littéraire. Bien sûr, pour d'aucuns, l'expression s'ennuyer comme un rat mort ne peut avoir de vertu poétique, car elle porte en elle une apparence triviale qui semble l'éloigner de toute poésie. Mais la poésie est transgression et elle s'accommode même des apparences triviales...
L'huître
L'huître, de la grosseuir d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halo.
A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en-dessus s'affairent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.
Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.
Francis Ponge, Le Parti pris des choses, NRF Poésie / Gallimard
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