Effroyables jardins
Effroyables jardins*
Envie ce soir de filer la métaphore au jardin. J'ai commencé un certain jour en prenant un râteau, puis en me cassant la binette (voir supra). Une métaphore filée, vous le savez bien, est une métaphore dont le thème, récurrent, traverse le jardin…euh pardon…le discours. Cela m’amuse encore plus car à mes heures perdues je joue au théâtre. Parfois j’entre à cour, parfois à jardin. Car en théâtre on ne dit pas gauche mais jardin (en regardant la scène) et pas droite, mais cour. Après tout, les matelots disent bien babord et tribord en regardant la Seine.
Effroyables jardins est un petit livre de Michel Quint dont je vous recommande la lecture. Il a été mis en scène au théâtre récemment par des gens que je connais bien (mise en scène de Michelle Devinant, Jeu : Gilles Jouanneau)
Quand j’étais petit, j’avais horreur du jardin parce que mon père ne faisait que ça, le jardin. Il dorlotait beaucoup plus ses carottes que sa femme, ma mère, et ses haricots verts que ses enfants. En plus, les haricots verts, il fallait les éplucher et pire encore, il fallait se les tortorer. On n’en voyait jamais le bout. Longtemps j’ai haï les haricots verts. Et encore aujourd’hui, ils me font moyennement bander les papilles. Mon père les appelait des barre-gueule, je vous le jure ! Mon père était un personnage fort agréable en société, mais légèrement irascible en privé. Frustré peut-être… Un jour que j’avais refusé d’aller les cueillir ses putains de haricots verts, il m’a foutu en tôle. Eh oui, mon daron avait l’immense avantage d’être flic, gendarme à vrai dire et de pouvoir foutre la trouille à ses enfants. Et un jour, brièvement, il m’enferma dans la cellule de dégrisement de la gendarmerie. L’endroit où on foutait les soûlots, les soûlardes et les bargeots d’un soir. Je les entendais gueuler presque toutes les nuits de ma chambre située juste au dessus.
Les carottes sont cuites (c'est foutu, c'est trop tard, les jeux sont faits). J’ai vu un navet à la télé (j'ai vu une merde dans l'étrange lucarne). Tu devrais manger des épinards (ce serait bien que tu sois plus fort, eh, gringalet !) . Avoir la taille haricot vert (être mince, alors). Les oreilles en feuille de chou (avoir les oreilles décollées). L’homme à tête de chou (Serge Gainsbourg himself, assez capable d'auto-dérision pour s'affubler lui-même de ce sobriquet et en faire une chanson). J’ai pas un radis (J'ai pas une thune. Si vous suivez mon blog, vous savez ce qu'est une thune, sinon utilisez la fonction recherche). Sec comme un haricot (maigre) Se prendre le chou (soit se faire chier pour quelque chose, se prendre la tête, soit avoir un conflit avec quelqu'un d'autre). Ramener sa fraise (Causer alors qu'on vous a rien demandé) Aller aux fraises (Voir le commentaire de Patatate plus haut, faut chercher !) Se faire la cerise (Se barrer, se trisser, dégager) Croquer la pomme ( baiser, avec un peu le sens d'une première fois, mais pas toujours) Etre une bonne poire (être pris pour un con) Avoir la banane (être en forme) Etre une patate (être bête) Etre une courge (Etre bête) Une aubergine (une contractuelle qui met des papillons sur les pare-brise) Rouge comme une tomate Les apports de 12 (tiens, longtemps qu'on a eu un dessin...) : Etre dans les choux (être distancé), se faire prendre la grappe (se faire alpaguer par un bavard) Lâche-moi la grappe (laisse-moi tomber, casse-toi tu pues, lâche-moi les grelots), avoir un petit pois dans la tête (être con comme un balai)