Avoir trente ans et un moignon en guise de main gauche
Zeugma ou zeugme
L'homme qui ouvrit le bal avait trente ans et un moignon en guise de main gauche.
Même les imbéciles jouèrent à l'indifférence
Extrait de Georges-Louis Godeau, La Main, in Anthologie de la poésie française du XXè siècle, Poésie/Gallimard
Il y a dans cet extrait une figure de style qu'ion appelle un zeugme (ou zeugma). Je suis quasiment sûr que si j'avais écrit ça dans une de mes rédactions à l'école, dans la marge, j'aurais eu un reproche rouge : Syntaxe ! (Tout est dans le point d'exclamation). Alors qu'on est dans la liberté poétique.
Le zeugme consiste ici à rattacher à L'homme deux mots ou groupe de mots de sens différents dans la même suite, ce qui produit un effet particulier. Effet de style si c'est volontaire, erreur de syntaxe si c'est involontaire. A quoi ça tient la poésie !
Si je m'intéresse à cette figure particulièrement, c'est bien parce que mon père -encore lui- s'exprimait parfois de cette manière. Il disait par exemple, parfois pour rire, parfois non : "Ferme ta gueule, et la porte, ça fera qu'un tour !"
Autre exemple : dans une de ses chanson, Yves Duteil parle de "un petit pont de bois" (...) qui ne tenait plus guère / que par un grand mystère / et deux piliers de bois".