Passer la main dans le dos
J'ai récemment vu l'illustration physique et métaphorique de cette expression. Un homme, sbire de la meilleure catégorie, après avoir promené sa vacuité et une
certaine inutilité le long des berges molles d'une réunion interminable et dure, s'alla échouer aux alentours du tout puissant maître de la cérémonie. Alors, s'approchant cauteleusement du
Raminagrobis, en minaudant, il lui passa la main dans le dos, comme ça, en pleine réunion. L'autre ne miaula pas, n'aboya pas non plus et ne sembla pas jouir instantanément. A certains
observateurs avisés la cautèle du faiblot parut détestable et le mielleux un peu méprisable. En quelques secondes le patelin s'était révélé. Passer la main dans le dos, au sens
figuré, c'est flatter, chercher à plaire. J'avoue que je suis capable de flatter une jolie fille, voire de lui passer la main dans le dos dès qu'un sourire m'y engage mais la flatterie basse,
pour se donner une baudrucheuse* puissance m'atterre, moi !
Une copine que j'aime bien me dit qu'on appelle de tels lèche-cul des suce-bites. Je lui laisse la maternité de ce vocable quelque peu vert, si ce n'est
malséant, voire vulgaire.
Voir Petit michaud illustré, édition 2026
07/12/08
Zulunation est un lecteur zélé, et la référence à Raminagrobis lui inspire ce commentaire :
"Une interrogation .... et une proposition en attendant une explication plus pertinente pour RAMINAGROBIS :
"Gros-Bis" : substantif qui signifiait "homme qui fait le gros dos, l'important" (Le Littré - 1880) ;
"Rominer" : en Berrichon désigne le "ronronnement des chats".
au suivant ...."
Si je m'en tiens aux précédentes contributions de ce Zoulou, de cette zouloue peut-être pourquoi pas, l'origine indiquée ne peut être que juste
(l'acception "chat qui ronronne" est largement attestée).
Pour les assidus lecteurs de Rabelais qui, comme moi, ont fréquenté le Lagarde et Michard, Raminagrobis est un personnage de Gargantua et Pantagruel.
Pourquoi ai-je évoqué moi-même Raminagrobis ? Par tendresse pour ce nom propre découvert dans l'enfance lors de l'apprentissage des fables de La Fontaine
(ici Le Chat, la Belette et le Petit Lapin). Cet apprentissage m'a un peu formé l'esprit (mais rassurez-vous, il ny a pas de nostalgie). Donc pour moi, Raminagrobis était ce roué chat, un
peu autoritaire, dont la justice est assez expéditive pour dévorer les deux parties lors d'un conflit. Et puis la morale me paraissait bien s'assujettir à la situation observée.
Comme le Chat et la Belette étaient en désaccord, ils ont souhaité s'en remettre au jugement de Raminagrobis :
(...)
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit:« Mes enfants,
approchez,
Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.»
L'un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud, le bon apôtre,
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
Les petits souverains se rapportant aux rois.