Péter comme un âne dessanglé

Publié le par Jacques Michaud

J'ai vu récemment Le Bonheur dans le crime, un magnifique téléfilm réalisé à partir d'une nouvelle de Barbey d'Aurevilly (Gérard Jourd'hui prolonge la veine heureuse des séries faites à partir des nouvelles de Maupassant). Didier Bourdon y est d'une justesse étonnante. Ce téléfilm contenait deux comparaisons que je suppose écrites par B. d'Aurevilly dans l'oeuvre originale que j'avoue ne pas connaître.
Péter comme un âne dessanglé  suggère les comportements qu'on peut avoir dès qu'on se sent libéré d'une contrainte, d'une charge, d'un fardeau. On peut alors s'en donner à coeur joie, faire ce que bon semble. L'expression dans un dialogue écrit au XIXè, pas compassé mais rigoureux, étonne. Je jubile à imaginer cet âne qui, libéré des sangles qui l'opprimaient, se met à péter (H)énormément. J'avoue que la chose m'évoque la joie infinie que j'ai eue un jour (juré, une seule fois !) de péter pendant une longue minute, sans interruption, en courant, une fois qu'une conférence ou quelque situation pesante de ce genre m'avait contraint d'emmagasiner mon méthane pendant un temps interminable et qu'à la fin j'avais fui comme une fusée. Quel plaisir intense et unique ! J'ai entendu un jour Claude Chabrol, le cinéaste, raconter que lors d'un dîner de mariage, lui aussi interminable, où il se trouvait - quel honneur - près de la mariée, il avait dû retenir trop longtemps, par égard pour la situation, des gaz éruptifs et quasi volcaniques. N'ayant pas été libéré à temps il s'évanouit, victime d'un malaise et d'un coma vagal, heureusement sans suite.
Alors avec ma belle-mère devenue une étoile, rappelons ce proverbe d'un absolu bon sens : mieux vaut péter en société que mourir tout seul.
Vous trouverez dans les archives (mais il faut être motivé et patient pour trouver quoi que ce soit dans ce fatras foutraque que j'ai été trop feignant ou trop occupé pour régir) d'autres expression sur la perlouze. J'aime beaucoup quant à moi l'expression : comme un pet sur une toile cirée, pour montrer ce qui passe lorsque quelque chose se produit sans marquer, sans s'arrêter, sans faire d'effet. Evidemment, on pense à l'équivalent : ça glisse ! ou pire, ça fait prout !

Comme un oranger en Pologne

Je ne perds pas le nord
, évidemment et je vous dois la deuxième comparaison utilisée deux fois dans le téléfilm : comme un oranger en Pologne pour suggérer quelque chose d'impossible, que l'on ne peut imaginer (donc d'inimaginable : ce que notre langue est bien faite !). Beaucoup plus classe, cette fois !

Un oranger sur le sol irlandais, on ne le verra jamais...
http://www.deezer.com/#music/result/all/bourvil%20la%20ballade%20irlandaise

S'il ne s'était lui-même attribué le pseudonyme de Zulunation qui doit sans doute correspondre à quelque chose de profond que j'ignore encore, j'aurais bien ajouté alias Pic de la Mirandole. Car notre zélé zoulou a pris maintenant l'habitude de nous faire des petits cadeaux d'intelligence et de science. J'avoue que ce Zoulou a des talents de documentaliste, un tempérament de chercheur et, il faut bien le dire une belle générosité.  Ce dialogue décalé et mystérieux avec notre lecteur me convient tout-à-fait. Mais j'ai toujours peur de perdre ces lecteurs assidus, tiens, je vais vous en citer un que j'aimais bien ety qui ne me donne plus signe de vie, un québécois (ou Canadien)nommé Larry Lewis qui m'amusait beaucoup et participait régulièrement.

Voici donc ce que le zélé zoulou nous narre :

"Notre langue est sans doute bien faite mais pourtant elle a quand même bien dû exister cette orange polonaise - et peut être existe-t-elle encore ? -, la fameuse "pomarańcza" (combinaison du latin "Pomum" et de l'arabe "naranjah") puisque Conrad Malte-Brun dans son livre "Tableau de la Pologne ancienne et moderne" publié en 1807 rapporte (page 90) un poème de Delille où il voit sur les terres au-delà de la Vistule vers le palatinat de Lublin :

[...]"Là, les fleurs, l'oranger, les myrthes toujours verds,
Jouissent du printemps et trompent les hivers ;
D'un portique pompeux leur abri se décore,
Et leur parfum trahit le retraite de Flore.[...]

Autre témoignage également, lorsque la rigueur du temps empèche la culture du fruit de plein air, on n'hesite pas à construire des "Orangeries" pour ce faire, comme au XVIII° siècle au chateau de Lancut (en "Petite Pologne"), voir sur cette photo : http://www.klub-beskid.com/album-pologne/displayimage.php?pid=490&fullsize=1

D'accord c'est un tantinet "artificiel", mais bien moins quand même que la "tomate hors-sol" non !

Alors de nos jours où est-elle passée l'orange polonaise et qu'en est-il véritablement de l'inimaginable ..."

Publié dans métaphore

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