A la hussarde

Publié le par Jacques Michaud

Les hussards étaient des soldats de la cavalerie légère dont les costumes étaient chamarrés. Je crois me rappeler qu'un régiment de Hussards était cantonné à Orléans encore naguère.  
Faire quelque chose à la hussarde, c'est foncer dans le tas, sans précaution excessive et sans trop de finesse. Vous avez peut-être rencontré vous-même ce genre de personnage qu'on imagine plutôt volontaire, plutôt sûr de soi, éventuellement un peu m'as-tu vu, entreprendre de régler un problème en fonçant sur lui sans barguigner ni tergiverser.
Jusqu'à il y a peu, l'expression les Hussards noirs de la République désignait les instituteurs. Selon Wikipedia, c'est  Charles Péguy qui popularisa ce terme dans L'Argent en 1913.

« Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. Sveltes ; sévères ; sanglés. Sérieux, et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence. »

Ce surnom vient, d'abord, de la couleur noire et austère des vêtements des instituteurs issus des Écoles Normales créées selon la loi Guizot de 1833 pour les hommes puis la loi Bert de 1879 pour les femmes dans chaque département. L'institution bannit, en effet, toute ornementation et tout superflu. Mais d'autre part, et c'est là peut-être le plus important, de ces Écoles Normales sortaient des instituteurs qui, s'ils étaient tous habillés dans les mêmes tons, avaient surtout reçu une véritable mission (le terme n'est pas trop fort) : instruire la population française.

De par cette mission autant que par le statut de fonctionnaire d'État, les hussards noirs, petits bourgeois, représentaient une certaine autorité morale et intellectuelle (c'est le cas dans La Gloire de mon père et La Fille du puisatier de Marcel Pagnol). Charles Péguy continue de les décrire avec un émerveillement qui témoigne de cette réputation privilégiée :

« [...] cette École Normale semblait un régiment inépuisable. Elle était comme un immense dépôt, gouvernemental, de jeunesse et de civisme. Le gouvernement de la République était chargé de nous fournir tant de sérieux. »


Cet article m'intéresse particulièrement puisque j'ai été moi-même un Hussard de la République, émoulu de l'Ecole Normale d'Orléans, la ville de Péguy. Dans le Jardin de l'Ecole, un grand cèdre sous lequel je suis allé souvent réfléchir et flâner était appelé le Cèdre de Péguy car celui-ci y avait flâné également.

Publié dans comparaison

Commenter cet article

mouze 08/02/2009 15:05

Et "faire l'amour à la hussarde" !!!

mouze 08/02/2009 15:03

à la hussarde evoque un assaut militaire et est aussi employé pour les habitudes sexuelles d'individus qui ne s'embarassent pas de préliminaires et sont capables de faire ça "sur un coin de table"

Jacques Michaud 09/02/2009 12:28


Heureusement qu'il reste des "gentlemen" comme vous et moi. Ceci dit, on peut faire l'amour sur un coin de table en prenant son temps