etre faché avec l'ortografe

Publié le par Jacques Michaud

Cette histoire de réforme de l'orthographe, ça me fait bien marrer, et comme aurait dit Chirac : "ça m'en touche une sans faire bouger l'autre". On croirait voir ressurgir une bataille entre cléricaux et anti-cléricaux dans la France de l'après-guerre. C'est vrai que le siècle est binaire. Les médias aux vertus égalisatrices ont encore flairé le bon débat qui monte les uns contre les autres et qui te fabrique du cinquante cinquante comme qui rigole, si bien que l'issue des débats relève parfois du hasard.... C'est à bâbord qu'on gueule qu'on gueule, c'est à bâbord qu'on gueule le plus fort. D'un côté ceux que le moindre changement effraie, et ils sont légions. De l'autre ceux qui pensent qu'en légiférant, réglementant, on peut changer la langue. Les premiers sont des censeurs. Ils ont peur de tout, même de leur ombre : ils veulent garder tout en l'état, respecter les traditions, les formes figées par l'histoire (quelle histoire !?) et patati et patata. De l'autre ceux qui sous couvert de modernité acceptent toutes les dérives. Seraient-ils d'affreux laxistes ?

Comme je l'ai souvent dit dans ce blog*, la langue se construit par son usage quotidien dans la société, tant dans ses aspects lexicaux et sémantiques que dans sa transcription écrite. L'académie française préconise par exemple que le mot "hashtag" soit remplacé par "mot-dièse" ou que "streaming" soit remplacé par "flux". Honnêtement, si la société ne s'en empare pas dans un usage intensif, ces préconisations demeureront lettres-mortes (Apprécions la phrase : "J'ai regardé Taxi-Driver en flux"). C'est l'usage ou plutôt l'absence d'usage qui fait qu'une forme devient "vieillie" et disparaît du champ des utilisateurs tout en gardant son droit à exister si quelqu'un souhaite le faire. Il y a fort à parier que c'est la société vivante qui fera évoluer l'orthographe, petit à petit. La société ne veut pas du mot "mel" (préconisation officielle) et lui préfère le mot "mail", très universel. C'est ainsi : le peuple a raison. Et si ça se trouve, il changera d'avis dans moins de dix ans.

L'orthographe apocalyptique générée par l'utilisation des téléphones mobiles et des tablettes a une portée négative limitée. Certaines abréviations resteront. Et alors ? Si elles s'imposent, c'est qu'elles sont utiles. La langue française est truffée d'abréviations et on n'en fait pas tout un pataquès. "Slt" pour "salut", pourquoi pas ? Quant à ceux qui écrivent phonétiquement, comme on les trouve parfois à l'entrée en 6è, ce n'est pas dans le champ de la modernité qu'ils évoluent, c'est malheureusement dans celui de la disqualification. Et ce ne sont pas les illettrés qui imposeront la langue de demain. N'ayons pas peur. C'est à l'école de conduire les citoyens vers un niveau honorable qui permette à chacun d'être conscient de la langue qu'il utilise et de la dominer.

*C'est en exergue de ce blog : "la langue s'invente chaque jour".

La belle histoire du petit Matteo, 8 ans, est une belle illustration de cet article...

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